IA en Afrique : pourquoi, selon Sidi Mohamed Kagnassi, elle sera panafricaine ou ne sera pas

L’intelligence artificielle progresse à une vitesse inédite dans le monde, avec une envolée des investissements et une intégration rapide dans tous les secteurs de l’économie. L’Afrique n’est pas en marge de cette révolution. Pour l’homme d’affaires ouest-africain Sidi Mohamed Kagnassi, elle représente même une opportunité historique de repositionner le continent comme futur leader du digital, à condition d’adopter une approche résolument panafricaine.

Selon lui, l’IA en Afrique « sera panafricaine ou ne sera pas » : autrement dit, seul un effort collectif, coordonné et ambitieux permettra de transformer ce potentiel immense en emplois, en croissance et en innovations au service des populations.

Une opportunité historique pour le continent africain

Une croissance mondiale fulgurante qui entraîne l’Afrique

Au niveau mondial, l’intelligence artificielle connaît une croissance fulgurante, avec une forte hausse des investissements observée récemment. Les grandes entreprises, les États et les investisseurs institutionnels misent massivement sur ces technologies pour gagner en compétitivité, automatiser les processus et créer de nouveaux services.

Cette dynamique mondiale commence à se refléter sur le continent africain. De plus en plus d’entreprises y explorent ou déploient des solutions d’IA, qu’il s’agisse d’optimiser leurs opérations, d’améliorer la relation client ou de mieux analyser les données disponibles sur leurs marchés.

Un potentiel massif de création d’emplois

Pour Sidi Mohamed Kagnassi, l’IA représente avant tout un levier d’emplois. Il cite un rapport de McKinsey qui estime que les progrès technologiques liés à l’IA pourraient créer plus d’un million de nouveaux emplois dans les prochaines années en Afrique du Sud uniquement.

Si l’on extrapole ce potentiel à l’échelle du continent, les perspectives sont considérables. L’IA peut générer de nouveaux métiers (ingénieurs en IA, data scientists, spécialistes en robotique, concepteurs de solutions sectorielles, etc.) mais aussi transformer des professions existantes dans des domaines comme :

  • la finance et la fintech ;
  • l’agriculture et l’agritech ;
  • la santé ;
  • les transports et la logistique ;
  • le commerce, le marketing et les services.

Pour l’Afrique, où le chômage des jeunes est un défi majeur, l’IA peut devenir un puissant accélérateur d’inclusion économique si les bonnes politiques de formation et d’accompagnement sont mises en place.

Une jeunesse nombreuse : l’atout maître de l’Afrique

Un capital humain sans équivalent

Avec environ 200 millions d’habitants âgés de 15 à 24 ans, la jeunesse africaine est l’un des plus grands atouts du continent. La Banque africaine de développement estime qu’entre 10 et 12 millions de jeunes Africains entrent chaque année sur le marché du travail, alors que seulement environ 3 millions d’emplois formels sont disponibles.

Parallèlement, les projections démographiques montrent que d’ici 2050, plus de 50 % de la population africaine sera composée de moins de 25 ans. Autrement dit, les générations futures seront extrêmement nombreuses et au cœur de la transformation économique du continent.

Pour Sidi Mohamed Kagnassi, cette dynamique démographique est une formidable opportunité : des millions de jeunes, curieux, connectés, intéressés par les nouvelles technologies, peuvent devenir les architectes d’un écosystème africain de l’IA compétitif à l’échelle mondiale.

La clé : transformer cette énergie en compétences

Encore faut-il convertir ce potentiel démographique en compétences bien formées. C’est là que la stratégie autour de l’IA devient décisive. Sans formation adaptée, ce « dividende démographique » peut se transformer en frustration sociale. Avec une stratégie de formation ambitieuse, il peut, au contraire, devenir l’un des moteurs les plus puissants de la transformation digitale mondiale.

Les principaux défis : infrastructures, formation et fuite des talents

Des infrastructures numériques à renforcer

Pour tirer pleinement parti de l’IA, l’Afrique doit relever plusieurs défis structurants, au premier rang desquels les infrastructures numériques. Sidi Mohamed Kagnassi insiste : les réseaux, les centres de données et la connectivité deviendront aussi essentiels que les routes et les ponts pour la compétitivité des économies africaines.

Certains pays, comme l’Afrique du Sud, ont déjà saisi l’importance de ces investissements et abritent un nombre croissant d’entreprises utilisant l’IA. D’autres, comme le Kenya ou le Nigéria, se positionnent également comme des hubs majeurs de l’innovation technologique sur le continent. Mais pour que l’IA profite réellement à tous, il faudra accélérer le déploiement d’infrastructures robustes et durables dans l’ensemble des régions.

Un besoin massif de formation et de montée en compétences

Le deuxième grand défi réside dans la formation. L’IA, la science des données et la robotique exigent des compétences techniques pointues, mais aussi des profils hybrides capables de faire le lien entre technologie et besoins métiers.

Or, les systèmes éducatifs africains ne proposent pas encore, partout, des parcours diplômants structurés en IA. Pour Sidi Mohamed Kagnassi, proposer ce type de formations, dès l’université mais aussi via des programmes professionnels et des reconversions, est indispensable pour créer :

  • des emplois qualifiés pour les jeunes ;
  • des experts locaux capables de concevoir et adapter des solutions au contexte africain ;
  • un socle de compétences permettant à l’Afrique d’être non seulement consommatrice, mais productrice d’innovations en IA.

La fuite des talents : un risque à contenir

Un autre enjeu majeur est la rétention des talents. Faute d’opportunités locales attractives, de nombreux professionnels hautement qualifiés dans le numérique et la santé partent travailler à l’étranger. Ce phénomène de fuite des cerveaux est déjà observable dans plusieurs pays africains.

Dans le domaine de l’IA, ce risque est particulièrement sensible : si les meilleurs profils formés sur le continent le quittent systématiquement, il deviendra difficile de bâtir un écosystème durable et de maintenir la compétitivité africaine à long terme.

D’où l’importance, selon Sidi Mohamed Kagnassi, de créer des environnements de travail stimulants, des financements adaptés et des opportunités de recherche et d’entrepreneuriat à haute valeur ajoutée directement sur le continent.

Une vision : une IA panafricaine, inclusive et ambitieuse

Pourquoi l’IA en Afrique doit être panafricaine

Pour Sidi Mohamed Kagnassi, la formule est claire : l’intelligence artificielle en Afrique « sera panafricaine ou ne sera pas ». Cette conviction repose sur un constat simple : aucun pays africain, pris isolément, ne dispose à lui seul de tous les éléments nécessaires pour rivaliser avec les grandes puissances technologiques mondiales.

Une approche panafricaine permet de :

  • mutualiser les investissements financiers, notamment pour les infrastructures lourdes ;
  • partager et enrichir les compétences techniques entre pays ;
  • coordonner des cadres réglementaires favorables à l’innovation ;
  • encourager les synergies régionales entre hubs technologiques ;
  • parler d’une seule voix dans les grandes instances internationales traitant de l’IA.

La coopération entre États, entreprises et société civile

Cette stratégie panafricaine ne peut pas reposer uniquement sur les gouvernements. Elle doit impliquer l’ensemble des acteurs :

  • les États, pour définir des stratégies nationales et régionales, investir dans l’éducation et les infrastructures, et mettre en place des cadres réglementaires adaptés ;
  • les entreprises, pour financer l’innovation, expérimenter des cas d’usage concrets et diffuser les compétences au sein des organisations ;
  • la société civile (associations, communautés tech, universités, centres de recherche), pour garantir une IA inclusive, éthique et alignée sur les besoins réels des populations.

C’est cette alliance qui permettra de faire de l’Afrique le futur continent du digital, et non un simple marché pour des solutions conçues ailleurs.

Former, financer, rechercher : les piliers d’un écosystème durable

Des formations diplômantes en IA et robotique

La formation est le premier pilier. Pour répondre à la demande croissante de compétences, Sidi Mohamed Kagnassi plaide pour le développement de formations diplômantes en intelligence artificielle et en robotique.

Ces formations peuvent prendre plusieurs formes :

  • licences et masters spécialisés en IA, science des données, robotique ou machine learning ;
  • doubles cursus associant technologie et domaines sectoriels (santé, agriculture, finance, énergie, etc.) ;
  • programmes de formation continue pour les professionnels souhaitant se reconvertir ;
  • initiatives à destination des jeunes femmes pour encourager leur présence dans les métiers technologiques.

L’objectif est clair : doter l’Afrique d’une génération de spécialistes capables d’inventer des solutions d’IA adaptées aux réalités locales, plutôt que d’importer exclusivement des technologies conçues pour d’autres contextes.

Soutenir les startups et les chercheurs

Deuxième pilier : le soutien à l’innovation. Les startups en phase d’amorçage et les chercheurs talentueux ont besoin d’un environnement favorable pour expérimenter, prototyper et passer à l’échelle.

Sidi Mohamed Kagnassi souligne l’importance de soutenir à la fois :

  • les jeunes entreprises qui développent des solutions d’IA appliquées (santé, éducation, agroalimentaire, services financiers, etc.) ;
  • les équipes de recherche travaillant sur des problématiques de fond (traitement automatique des langues africaines, vision par ordinateur adaptée aux contextes locaux, optimisation de réseaux, etc.).

L’ouverture d’un Centre africain de recherche sur l’intelligence artificielle en République du Congo est, à ce titre, un signal positif. Ce type d’initiative contribue à créer des pôles d’excellence sur le continent, capables d’attirer et de retenir les talents.

Éviter la perte de talents en créant des opportunités locales

En renforçant simultanément la formation, le financement des startups et le soutien à la recherche, l’Afrique se donne les moyens de limiter la fuite des talents. Plutôt que de partir, les ingénieurs, chercheurs et entrepreneurs peuvent trouver sur place :

  • des projets ambitieux ;
  • des partenaires engagés ;
  • des perspectives de carrière à haute valeur ajoutée ;
  • un environnement intellectuellement stimulant.

C’est ainsi que se construit un écosystème d’IA durable, capable de se renouveler et de se renforcer au fil du temps.

Comment les entrepreneurs africains peuvent déjà tirer parti de l’IA

Un instrument stratégique, pas une fin en soi

En tant qu’entrepreneur, Sidi Mohamed Kagnassi insiste sur un point : l’IA doit être considérée comme un instrument stratégique, et non comme une fin en soi. L’objectif n’est pas d’utiliser l’IA pour suivre une mode, mais de s’en servir pour :

  • gagner en efficacité opérationnelle;
  • réduire certains coûts;
  • améliorer l’organisation interne;
  • affiner la connaissance client;
  • mieux anticiper les risques et les opportunités.

Gagner en productivité au quotidien

De nombreux outils permettent déjà aux entrepreneurs africains d’améliorer leur productivité. Sidi Mohamed Kagnassi cite, par exemple, des solutions comme Fireflies pour la prise de notes et le suivi des réunions, qui permettent de gagner du temps et de capitaliser sur les échanges avec les équipes ou les clients.

Au-delà de cet exemple, l’IA peut automatiser une grande partie des tâches répétitives : traitement de données, rapports de performance, premiers niveaux de support client, etc. Résultat : les équipes peuvent se concentrer sur les activités à plus forte valeur ajoutée, comme la relation client ou le développement de nouveaux services.

Booster le marketing et la relation client

Dans le marketing et la relation client, l’IA ouvre également des perspectives très concrètes. Des outils comme Sidetrade pour la gestion de la relation client ou Phrasee pour l’optimisation de campagnes marketing illustrent la capacité de l’IA à :

  • personnaliser les messages ;
  • analyser le comportement des clients et des prospects ;
  • optimiser les campagnes en fonction des résultats obtenus ;
  • améliorer la gestion des flux financiers et des paiements.

Pour une petite ou moyenne entreprise africaine, ces outils peuvent faire la différence en permettant d’atteindre plus efficacement sa clientèle, de fidéliser et de mieux maîtriser sa trésorerie.

Améliorer la prise de décision grâce à la donnée

La prise de décision est l’un des domaines où l’IA peut le plus aider les entrepreneurs, en particulier ceux qui se lancent. L’analyse de grandes quantités de données permet de :

  • détecter des tendances de marché;
  • identifier des opportunités d’affaires;
  • évaluer plus finement les risques;
  • tester différents scénarios avant d’investir.

Ce « trio gagnant » – tendances, opportunités, risques – donne aux entrepreneurs des éléments concrets pour prendre des décisions plus éclairées, plus rapidement et avec davantage de confiance.

Des premiers leaders, en attendant les champions

Sidi Mohamed Kagnassi estime qu’il est encore prématuré de parler de « champions africains » de l’IA au sens strict, mais il souligne que plusieurs pays se distinguent déjà.

Parmi eux, on retrouve :

  • l’Afrique du Sud, qui compte de nombreuses entreprises ayant recours à l’IA ;
  • le Kenya et le Nigéria, qui apparaissent comme des pôles d’innovation technologique majeurs ;
  • d’autres pays comme l’Égypte, l’île Maurice ou la Tunisie, qui investissent activement dans l’IA et progressent rapidement.

Pour autant, ces avancées doivent s’inscrire dans une dynamique plus large. Afin de garantir à l’Afrique une place de premier plan dans l’intelligence artificielle, les investissements, la coopération régionale et le soutien aux talents devront continuer à s’intensifier.

Feuille de route pour faire de l’Afrique un leader du digital

À partir de la vision défendue par Sidi Mohamed Kagnassi, on peut esquisser une véritable feuille de route stratégique pour l’IA en Afrique :

  • Investir massivement dans les infrastructures numériques: data centers, connectivité haut débit, énergie fiable, cybersécurité ;
  • Généraliser les formations diplômantes en IA et robotique, en partenariat avec les universités, les écoles d’ingénieurs et les acteurs privés ;
  • Créer des programmes de soutien aux startups d’IA: incubateurs, accélérateurs, fonds d’amorçage, accompagnement à l’international ;
  • Financer la recherche via des centres dédiés, à l’image du Centre africain de recherche sur l’intelligence artificielle en République du Congo ;
  • Encourager la coopération panafricaine, par des initiatives régionales, des réseaux de chercheurs et des plateformes de partage de données ;
  • Impliquer la société civile pour que l’IA reste inclusive, éthique et au service des populations ;
  • Sensibiliser les entrepreneurs à l’usage stratégique de l’IA afin d’améliorer leur productivité, leur marketing et leurs décisions.

En combinant ces leviers, l’Afrique peut non seulement rattraper une partie de son retard en matière d’infrastructures et de formation, mais surtout prendre de l’avance sur certains usages de l’IA directement alignés avec ses besoins (santé communautaire, agriculture intelligente, inclusion financière, éducation à distance, etc.).

Conclusion : une IA africaine, pour et par les Africains

L’intelligence artificielle n’est pas une mode passagère : c’est une transformation profonde de la manière dont les sociétés produisent, apprennent, soignent, se déplacent et communiquent. Pour l’Afrique, le choix n’est pas de savoir s’il faut ou non adopter l’IA, mais comment l’adopter pour en faire un moteur de développement durable.

La vision de Sidi Mohamed Kagnassi est résolument optimiste et volontariste : grâce à sa jeunesse, à la vitalité de ses entrepreneurs et à une approche panafricaine fondée sur la coopération, l’Afrique peut devenir un acteur de premier plan dans l’intelligence artificielle mondiale.

À une condition : investir dès maintenant dans les infrastructures, la formation et la création d’écosystèmes locaux, pour que l’IA en Afrique soit véritablement conçue par les Africains et pour les Africains. C’est à ce prix que l’intelligence artificielle en Afrique sera panafricaine… et qu’elle sera, tout simplement.

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